Rabid Habs

Flip-Flop : Ray Martynuik

Ray Martynuik

Quand on pense à la plus grande dynastie du Canadien, deux équipes viennent invariablement en tête, soit l’équipe de la deuxième moitié des années ’50 et celle de la fin des années ’70. Dans les deux cas, plusieurs vedettes jouaient pour le bleu-blanc-rouge et une bonne proportion de fans, même plus jeunes, pourraient nommer une floppée de joueurs ayant patiné dans l’une de ces éditions du CH…

Celle des années ’70 est spéciale, en ce sens qu’elle est le souvenir de domination le plus près que nous avons…juste avant les Islanders et les Oilers dans les années ’80! Guy Lafleur, Steve Shutt, Yvan Cournoyer, Frank Mahovlich, Pete Mahovlich, Guy Lapointe, Larry Robinson, Jacques Lemaire, Ken Dryden…

Dryden, tiens! Tout un gardien, non? Pourtant, en Juin 1970, le Canadien s’était donné une autre option intéressante devant le filet. Fin renard et avant-gardiste, le Directeur-Gérant de l’époque, Sam Pollock, échangeait des vétérans contre de bons choix au repêchage. C’est ce qu’il a fait en 1968, en échangeant Norm Ferguson et Stan Fuller aux Seals d’Oakland contre Wally Boyer, Alain Caron et le 1er choix des Seals en 1968 (#3, Sam Pritchard) et 1970.

Ce choix de 1970…cinquième au total, est devenu le gardien de but Ray Martynuik. Ce gardien de but, chers fans du Canadien, allait devenir le plus gros flop de l’histoire du repêchage du CH. Mais on n’en parle pas…puisqu’il a été eclipsé par Ken Dryden…

———————————————————————————

Né le 11 Septembre 1950 à Flin Flon, au Manitoba, le jeune Ray évolue à l’avant lors de ses premières années au hockey. Ce n’est qu’à quatorze ans qu’il commence à défendre le filet de son équipe, voulant vivre de nouvelles sensations. En 1967, il commence à jouer pour les Bombers de Flin Flon, l’équipe de calibre junior majeur de sa ville…

Il émerveille les fans de son patelin, alors qu’il remporte le trophée Wilson et est nommé sur la première équipe d’étoiles lors de ses deux dernières saisons là-bas. Il évoluait notamment en compagnie de Reggie Leach et Bobby Clarke, deux futurs supervedettes des Flyers de Philadelphie. C’est après sa troisième saison, en 1970, que les Canadiens en font leur premier choix…

Alors à l’emploi des Blues de Saint-Louis, le légendaire Scotty Bowman a même déclaré, dans le temps, que le gardien de Flin Flon était le meilleur prospect qu’il avait vu depuis vingt ans!!!

Confiant, Martynuik arrive au camp à l’automne 1970 pour constater que le CH a invité plusieurs jeunes gardiens de qualité…apparamment, Pollock avait un plan en tête. Normal, puisque le Canadien, mené par Rogatien Vachon, venait de rater les séries pour une première fois en vingt-deux ans!

” On aurait juré qu’il y avait plus de gardiens que de joueurs au camp! ” de mentionner Ray Martynuik au journaliste Dave Stubbs, en 2007, en faisant référence aux Ken Dryden, Rogatien Vachon, Phil Myre et Michel Plasse, pour ne nommer que ceux-là…

Cependant, ça n’a pas bien été pour lui ici. Le preposé à l’équipement de Flin Flon aiguisait les patins du gardien d’une façon précise, mais celui du Canadien ne l’aurait pas écouté…

” Lorsque j’ai posé mon pied sur la glace, j’ai failli tomber en plein visage. Je me suis juste tenu devant mon filet et j’ai prié pour que le meilleur arrive! ” de laisser tomber l’ancien gardien manitobain, qui n’était pas réputé pour son bon caractère…

Il passe sa saison 1970-71 à jouer pour les Voyageurs de Montréal (LAH) et dans deux circuits professionnels mineurs américains, la Western Hockey League et la Central Hockey League (qui a récemment mis les clés dans la porte). Bon gardien, il ne casse rien nulle part, mais paraît tout de même bien avec les Totems de Seattle de la WHL, avec une moyenne de 3,49, ce qui est respectable pour l’époque…

Après un autre camp infructueux, le Canadien l’échange aux Seals en Octobre 1971. Il a été rappelé dans la LNH un moment, mais comme auxiliaire inutilisé. Il partage encore son temps entre trois ligues, et encore trois équipes différentes.

Toujours dans le réseau de filiales des Seals, l’ancien premier choix du CH jouera deux saisons à Columbus, dans la Ligue Internationale. En 1972-73, il dispute 39 matchs avec les Golden Seals de Columbus et, en 1973-74, il connaît la meilleure saison professionnelle de sa carrière alors qu’il mène la ligue en blanchissages, en moyenne de buts alloués (un merveilleux 2,76 , encore une fois, excellent à l’époque!), et est nommé sur la deuxième équipe d’étoiles de la LIH.

L’année suivante, dans un niveau inférieur, il brille néanmoins encore avec les Golden Eagles de Salt Lake. Il est choisi comme meilleur gardien de la saison, avec sa moyenne de 2,96. Il est également choisi sur la première équipe d’étoiles et aide l’équipe à remporter la Coupe Adams, emblême de la suprématie de la CHL.

Malheureusement pour lui, ses deux bonnes saisons consécutives n’attirent pas assez l’attention pour qu’on lui donne sa chance dans la LNH. Il vivotera encore entre trois ligues, de 1975 à 1977, avant d’aller jouer au niveau senior, à Cranbrook, en Colombie-Britannique. Il tentera un bref retour à la LIH en 1978-79 mais, après cinq matchs infructueux, il accroche ses jambières.

UN SALE CARACTÈRE

Outre l’histoire des lames qui n’étaient pas aiguisées à son goût, Ray Martynuik a prouvé à plus d’une reprise qu’il était parfois un drôle de moineau…comme bien des gardiens, finalement!!!

Quand il jouait pour Flin Flon, les gens de Winnipeg avaient décidé de lui lancer des rouleaux de papiers de toilette et il en a profité pour enrober son filet avec la précieuse offrande des spectateurs, qui lui auraient déjà aussi lancé des saucisses, en référence aux racines ukrainiennes de l’étrange gardien de but.

Lorsqu’il jouait pour Cranbrook, il s’est battu avec Bob Craig, un de ses défenseurs, car il trouvait qu’il jouait mal! Il l’a poursuivi jusqu’à la ligne bleue, en pleine partie, et les deux se sont battus. Pour ceux qui se demandent ce qu’on fait les arbitres, ils ont décerné une pénalité aux deux joueurs pour avoir retardé le match! L’histoire ne dit pas si l’équipe adverse a marqué sur l’avantage numérique, par contre…

Mais lorsque l’équipe perdit le septième match d’une finale, c’en était trop. En plein chemin de retour de Spokane, Martynuik a demandé au chauffeur d’autobus d’arrêter et, las de jouer pour les Royals, il a annoncé son retrait de l’équipe en lançant son équipement dans un lac!!!

APRÈS LE HOCKEY

Après sa carrière de joueurs, Ray Martynuik est retourné à Cranbrook, où il a travaillé chez Coca-Cola durant plus de vingt ans, entouré de sa femme Judy et de ses deux enfants. Figure appréciée là-bas, il a décidé d’aller vivre au soleil, alors qu’il déménage à Boquete, au Panama, en 2009.

Malheureusement, trois mois à peine après leur arrivée, Judy est décédée. Bon vivant, l’ancien gardien aimait aller dans un petit bar de la ville, où il faisait le bonheur des panaméens du coin en leur racontant toutes sortes d’histoires et de blagues sur sa carrière et son temps chez Coca-Cola.

Le 20 Octobre 2013, un mois après son soixante-troisième anniversaire, Ray Martynuik meurt dans son sommeil, laissant dans le deuil deux enfants, deux petits-enfants, et une tonne d’amis à Boquete. La moitié de ses cendres sont revenues au Canada, l’autre est restée à Panama, sa deuxième maison.

Repêché au cinquième rang sans avoir joué un match dans la LNH, notre gardien d’aujourd’hui se mérite le titre peu enviable de pire flop de l’histoire du Canadien lors du repêchage amateur. À vrai dire, c’est peut-être le plus gros flop de l’histoire de la LNH…

Malgré tout, Ray Martynuik a vécu une carrière fertile en rebondissements, et une belle retraite.

Ah, et pour ceux qui se le demandent, Darryl Sittler était encore disponible, et ce sont les Leafs qui l’ont repêché, trois rangs plus tard…

À bientôt chers fans, pour un autre flop du CH!